Une petite histoire dans l’Histoire de la Grande guerre 1914-1918

Publié le 1er août 2014

Un blog* raconte l’histoire d’un couple séparé par la guerre à l’aide de notes, journaux et courriers retrouvés au fond d’une armoire.

 C’est l’exposition à la médiathèque de Saint-Denis commémorant le centenaire du début de la guerre de 14-18 qui a donné l’idée à Dominique Abit** d’ouvrir les armoires familiales contenant ses archives, « moi qui suit passionné de paléontologie, explique t-il, j’ai eu l’impression de faire de l’archéologie en fouillant dans tous ces papiers. Du matériel j’en ai trouvé, des documents datant du XVIIIe siècle à nos jours ». Dans cette collection de courriers, manuscrit, journaux, dessins et photos, il a extrait une histoire. Celle de Paul et Marthe Devin, (née Pingard), ses arrières grands parents, au moment de la première guerre mondiale. « Ce n’est pas un travail d’historien, signale Dominique Abit, j’ai retranscrit sans modification de vocabulaire ou de phrases les journaux et les échanges entre les époux Devin séparés par la guerre ainsi que leurs deux filles. Chacun est libre d’interpréter ce qu’il lit sur le blog ». Ce blog sera actualisé tous les deux ou trois jours du 1er août au 11 novembre 2014. Ces quatre mois seront l’équivalent des quatre années de guerre et de la vie de Paul et Marthe Devin.

Blog 14-18 1 Dominique Abit tient un des journaux de Marthe en photo sur l’écran derrière lui. © S.M.

Entre Sedan, Paris et Oléron

Après leur mariage en 1892, Paul et Marthe qui habitent Sedan ont deux filles, dont l’ainée, Élisabeth présente des carences en iode, élément essentiel à la croissance. En 1905, un ami médecin de Paul lui conseille d’envoyer sa fille à Saint-Denis pour des soins aérium, l’air iodé de l’océan est bon contre ces carences. L’effet est tellement efficace que Paul Devin y achète une maison en 1909 pour y laisser ses deux filles, la mère de Marthe et du personnel employé sur place. L’été 1914, toute la famille est à Saint-Denis quand la guerre est déclarée. Paul qui est aussi commandant des pompiers de Sedan est réserviste. Il a 54 ans et rejoint le 46e RTI, (régiment territorial et d’infanterie), à Reims où il est mobilisé. Les réservistes qui sont conservé en troisième ligne sont rapidement placés en première ligne où le manque de gradés se fait déjà sentir. En décembre 1914, un obus à shrapnels (rempli de billes d’acier), explose à proximité de Paul Devin. Grièvement blessé, il est évacué à l’hôpital de Verdun où il est amputé de la jambe gauche. Paul Devin termine ses soins dans un hôpital parisien puis passe la fin du conflit au ministère de la guerre jusque fin 1918.

Marthe Devin-Pingard laisse ses filles à sa mère à Saint-Denis et retourne à Sedan. Ayant dans sa jeunesse suivi des cours d’infirmière à l’hôpital de Sedan, elle adhère aux Dames françaises, une société affiliée à la Croix rouge et ouvre des ambulances (centres de soins) dans des locaux appartenant à la famille. Elle est aussi à l’origine de la création des jardins ouvriers de Sedan, les premiers de France. Rapidement, les allemands prennent Sedan. Le 25 août, Marthe se retrouve en territoire occupé et y restera séparée de son époux et de ses enfants jusqu’à la fin de la guerre. Les allemands ferment les ambulances, alors Marthe va s’occuper de l’orphelinat et des jardins ouvriers. Elle demande à l’occupant de pouvoir ouvrir une école chez elle et accueille les enseignants puisque le collège a été réquisitionné.

Blog 14-18 2Des lettres et un journal témoins d’une époque, remplis d’une belle écriture cursive. © S.M.

Otage en Allemagne

Janvier 1918, Marthe Devin qui fait partie des notables de Sedan est emmenée à Holzminden en Allemagne. Les allemands prennent des otages afin de s’assurer que leurs camarades prisonniers ne seront pas maltraités par les français. Bizarrement, à partir de ce moment la vie devient un tout petit peu plus facile pour Marthe. Les otages sont régulièrement pris en photo comme preuve de vie, des colis de la Croix rouge leur parviennent et l’autorisation de faire partir du courrier leur est accordée. Une censure est appliquée mais au moins ils peuvent donner de leurs nouvelles. Marthe écrit à son mari à Paris et à ses filles sur Oléron et reçoit des lettres en retour. Juillet 1918, elle est libérée et pourrait retrouver Paul son mari à Paris mais préfère retourner à Sedan pour apporter son aide à la population. Elle y restera jusqu’à la fin de la guerre. Paul et Marthe Devin se retrouvent à Paris fin 1918 et vivent entre Sedan et Oléron, puis à la retraite de Paul s’installent dans leur maison de Saint-Denis. L’air de l’océan qui a été profitable à leur fille Élisabeth a donné l’idée aux époux Devin de créer l’aérium de l’Ormeau de Saint-Denis après la guerre.

Blog 14-18 3Photo de Paul et Marthe Devin le jour de leurs fiançailles, colorisée par Dominique Abit. © D.A.

Le blog…

Les pages du blog sont composées des souvenirs de Paul Devin rédigés en 1916. Ils concernent la période d’août 1914 à janvier 1915. D’autres reprennent les carnets de guerre et journaux intimes de Marthe Devin d’août 1914 à janvier 1918 puis ses lettres jusqu’en novembre 1918. Le blog est aussi illustré de photographies et de dessins. Le président de la Société d’histoire et d’archéologie du Sedanais, Sébastien Haguette, déjà enthousiaste de cette initiative attend la suite avec impatience. Dominique Abit espère déjà qu’il en soit de même pour tous et que son compteur de visite augmente régulièrement.

http://regardici.fr/1914-2014

Laisser un commentaire