Il y a 90 ans, le naufrage du Port-Calédonia à Antioche

Publié le 12 décembre 2014

La cloche du navire retrouvée en 2012 a permis d’identifier l’épave. Restaurée, elle se trouve désormais au musée du phare de Chassiron.

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Le Cap-Hornier 4 mâts barque Port-Calédonia. © Allan C. Green/State Library of Victoria

Le naufrage de ce grand Cap-Hornier de 90 mètres, quatre mâts barque finlandais le 2 décembre 1924 sur le rocher d’Antioche à marqué la mémoire collective des oléronais et surtout des dyonisiens sur plusieurs générations. L’épave du navire retrouvée en 2011 n’a pu être identifiée que lorsque sa cloche, seul élément portant son nom, a été retrouvée le 18 août 2012. « Cette cloche, objet mythique par excellence, symbole du navire est là devant nous, nous rappelant le rythme de la vie des marins, mais c’est le glas qu’elle sonna en ce mois de décembre », indique Pascal Massicot président de la CdC dans son discours inaugural. À l’occasion du retour de restauration de la cloche, une grande commémoration pour le 90e anniversaire du drame et une exposition lui sont consacrés à la médiathèque de Saint-Denis.

La cloche comme identité

Ce sont les plongeurs de l’AREPMAREF* qui ont retrouvé le Port-Calédonia sur le rocher d’Antioche. « Une première partie de 70 mètres avait été retrouvée en 2011, explique Vincent Lebaron responsable des opérations sur l’épave, il nous manquait une vingtaine de mètres pour l’identifier, puis un an plus tard nous avons retrouvé l’arrière où se trouvait la cloche, nous n’avions plus de doutes sur l’identité du navire qui est cassé en trois ». De fait, le site fait 3000 m2 où diverses autres parties ont été retrouvées comme des hublots, les deux ancres de cinq mètres, des membrures et le mât de beaupré. L’exposition conçue par Pierre-Emmanuel Augé responsable des archives départementales de Charente-maritime et membre de l’AREPMAREF, présente sur dix panneaux l’histoire du Port-Calédonia, sa fonction de navire de transport de fret, les circonstances du naufrage dont certaines ne sont pas encore élucidées, la recherche de l’épave et sa découverte, les technologies employées et les acteurs de l’exploration.

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La cloche du Port-Calédonia. © S.M.

Un naufrage qui a marqué les esprits

Le Port-Calédonia, qui apportait 4000 tonnes de nitrate de soude depuis le Chili à La Rochelle, fut repéré se dirigeant vers le pertuis d’Antioche le 1er décembre 1924 au soir avec une météo tempétueuse, le matin du 2, à 6 h 25, le guetteur du sémaphore de Chassiron l’aperçoit échoué sur la partie occidentale du rocher d’Antioche. Ce qu’il s’est passé entre temps, on l’ignore encore. Le guetteur tire le canon d’alarme. À l’époque, la tourelle qui indique le rocher était construite mais les systèmes d’alarme n’y étaient pas encore installés. Les sauveteurs sortent le canot de sauvetage mais la mer est vraiment trop forte. Près des déferlantes, ils assistent impuissants à la dislocation du navire, les marins réfugiés dans la mâture périssent dans les flots au fur et à mesure que les mâts tombent et ceux qui se trouvent sur la dunette sont balayés par la mer déchainée. La population qui depuis le rivage regarde le calvaire de ces marins épuisés recueillera vingt trois corps sur vingt cinq qui seront inhumés au cimetière de Saint-Denis sous une stèle. un autre corps retrouvé à Sainte-Marie de Ré y est enterré. Un reste disparu.

Hommage aux naufragés

Ce samedi 6 décembre 2014, jour de la fête d’indépendance de la Finlande et des pays Baltes, une cérémonie en plusieurs parties s’est déroulée en présence de Jouko Leinonen, ministre auprès de l’ambassadeur de Finlande en France, qui voit le naufrage comme “un petit Titanic“ et d’Ari Niittyluoto représentant de l’association d’Histoire de la mer de la ville d’Uusikaupunki où le navire était enregistré, dont l’arrière grand oncle faisait partie de l’équipage. Les élus, Pascal Massicot président de la CdC, Jean-Michel Massé maire de Saint-Denis et Michel Parent conseiller général sont présents. Après avoir découvert la cloche, ils se rendent dans les jardins du phare où, près de la plaque indiquant le naufrage du Port-Calédonia, a été ajoutée une maquette stylisée témoin du martyr du navire et de ses marins de neuf nationalités européennes différentes. Puis la délégation s’est rendue au cimetière de Saint-Denis afin de rendre hommage aux marins naufragés et fleurir la stèle de leur tombe commune. Puis ils se sont rendu à la médiathèque pour l’inauguration de l’exposition où attendait le groupe les Mareyants qui a chanté une chanson écrite par Roger Bithonneau dont l’enfance a été marquée par le récit du drame par ses parents.

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L’exposition à la médiathèque et devant la vitrine de gauche à droite Pascal Massicot, Jouko Leinonen et Sophie Lessard responsable du musée de l’île d’Oléron, derrière eux les Mareyants. © S.M.

*Association de Recherche et d’Étude du Patrimoine Maritime et Fluvial, www.arepmaref.fr/

Exposition à la médiathèque de Saint-Denis d’Oléron jusqu’au 7 mars 2015, rens. 05 46 85 73 18.

Extraits de la chanson « Antioche » de Roger Bithonneau

…A bord c’est la détresse, En ce moment terrible, Les marins ont compris, Le secours impossible, Balayés par le flot, Abonnant le pont, Ils montent dans les mâts, Sans aucune illusion…

…L’autre soir sur la grève, Je me suis attardé (e), J’ai perçu les soupirs, De tous les naufragés, Le ciel était sans nuage, Et pourtant j’ai reçu, Partout sur le visage, Les larmes des disparus…

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